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2–6 ans

Jeu libre ou Activités Montessori : Comment un enfant apprend vraiment entre 2 et 6 ans ?

Par Ségolène de Villedon
Sur Instagram, vous voyez des mamans qui font des bacs sensoriels le lundi, des activités Montessori le mercredi, de la peinture comestible le vendredi. Vous culpabilisez. Vous avez acheté trois livres d'activités pour enfants, préparé un atelier transvasement… que votre enfant de 2 ans a déserté au bout de 4 minutes pour aller jouer avec une boîte en carton. Vous vous demandez si vous en faites assez, si vous êtes une bonne mère, si votre enfant va accuser un retard parce que vous n'avez pas fait l'activité arc-en-ciel du jour. Et si le jeu libre suffisait à développer son cerveau ?

Comment un enfant apprend vraiment entre 2 et 6 ans

Tout d'abord revenons à la base. Entre 2 et 6 ans, un enfant apprend par RÉPÉTITION (jusqu'à 50 fois le même geste) et EXPLORATION autonome. Son cerveau a besoin de répéter pour consolider, pas de zapper d'activité en activité. La variété n'est donc pas la bonne stratégie. En fait, c'est l'enfant qui doit donner son rythme et tant qu'il souhaite recommencer une activité il faut lui laisser cette opportunité. De même, l'enfant apprend par l'exploration. C'est exactement ce que permet le jeu libre, à l'inverse des activités dirigées qui imposent un cadre rigide.

Alors, que faire concrètement pour stimuler mon enfant ?

Le jeu libre est la réponse la plus efficace. Et c'est aussi la plus simple. Ne vous êtes-vous jamais retrouvé dans cette situation ? Imaginez. Votre médecin a 45 minutes de retard et vous êtes avec votre petit bout de chou dans la salle d'attente. Vous n'aviez pas franchement prévu ce retard. Vous avez peur que votre petit bout s'ennuie, fasse du bruit, gêne les autres patients. Et pourtant il semble s'occuper avec un bout de ticket de métro et un bouchon trouvés au fond de votre sac. Il le tord, le fait avancer sur le bord de la chaise, le fait tomber. Bref, il a l'air de s'occuper alors que vous, vous bouillonnez sur place.
Et pourtant c'est exactement de ça dont votre enfant a besoin. Je m'explique. C'est ce qu'on appelle « le jeu libre » ou, selon la terminologie, le « jeu non structuré ». Le jeu libre, c'est laisser l'enfant jouer avec ce qui l'intéresse vraiment (évidemment si ce n'est pas sale ou dangereux), sans imposer de règle ni d'objectif.

L'exemple de la salle d'attente : quand le jeu libre opère

Pourquoi le jeu libre fonctionne-t-il si bien ? Croyez-moi, si on n'attend pas une production précise de l'enfant, il va de lui-même s'adapter pour travailler ce dont il a besoin. Si on reprend l'exemple de la salle d'attente : s'il veut travailler sa motricité fine et sa précision, il va vouloir plier le ticket de métro plusieurs fois jusqu'à maîtriser le geste à la perfection. C'est passionnant pour lui. Oui oui, vraiment passionnant.
Mais ce même ticket pourra être un personnage imaginaire qu'il fait évoluer le long d'une chaise. Ce pourra être encore la possibilité de travailler la force des doigts en le déchirant en le plus de morceaux possible. Bref, on ne travaille pas la motricité ou la concentration en forçant un enfant avec une activité ludique (même si elle est certes plus jolie en termes de résultat matériel), mais en le laissant explorer à son rythme.

Pourquoi le jeu libre est si important pour son développement

Je me souviens d'une maman qui venait consulter pour son fils de 4 ans qu'elle trouvait hyperactif. Littéralement, il zappait d'activités en activités. Je tentais de lui expliquer qu'il fallait réussir à ce que son fils aille au bout d'une activité et que, par conséquent, il fallait le contraindre à cela en limitant le choix des activités. Chaque semaine pourtant, elle me montrait fièrement le nouveau jouet acheté pour travailler la concentration. La chambre de ce petit était encombrée d'une variété de jeux telle qu'il ne pouvait rien explorer réellement. Le jeu libre nécessite de l'espace mental et physique pour s'exprimer.

Les trois règles d'or du jeu libre

Pour que le jeu libre se déploie pleinement, trois conditions sont essentielles :
Soyez minimaliste
Une dizaine de jeux dans la chambre de votre enfant, c'est largement suffisant. Vous pouvez ranger les autres en haut de l'armoire et organiser un roulement selon les envies. Si votre enfant n'a que 10 jeux, il va rapidement les détourner de leur usage premier pour se créer de nouvelles activités. Les cubes permettront de faire une tour pendant un temps puis des aliments dans des assiettes le lendemain, des projectiles la semaine suivante, une tour plus élaborée avec d'autres objets de sa chambre… Bref, il va explorer et répéter des expériences pour en tirer des enseignements.
Soyez simple
Prenez des jeux simples. Rappelez-vous comment vous étiez enfant. Vous rêviez peut-être devant des déguisements incroyables mais finalement c'est avec votre housse de couette que vous êtes devenu roi de France, fantôme ou orateur romain. C'est avec un grand carton que vous avez fait votre plus belle voiture, cabane ou fortin. S'il veut jouer avec la spatule, le vieux téléphone fixe oublié dans un placard ou les lacets de vos chaussures, c'est parfait. On achète des cubes simples, une dînette de qualité, des paniers, des légos, des gommettes, du scotch de toutes les couleurs, des feuilles de papier… On reste simple pour que l'enfant ait le loisir de créer, détourner, inventer. C'est la magie du jeu libre : transformer le banal en extraordinaire.
Soyez hyper flex
C'est finalement plus dur que les activités dirigées, cette histoire de jeu libre ! Si on veut que notre enfant se développe au mieux, c'est lui qui donne le rythme et nous qui devons suivre et proposer. Si vous êtes en train de cuisiner et qu'il veut regarder, proposez-lui des petits bols et un paquet de pâtes crues. Il transvasera spontanément si c'est le bon moment pour lui. Votre rôle, c'est d'être là comme un DJ. Le DJ n'a pas qu'une playlist toute faite mais il propose en fonction de l'ambiance, et change le son si ça ne prend pas. Le DJ ne danse pas : il observe, propose et s'adapte.

Et les tableaux d'éveil, alors ?

On ne va pas être aussi catégorique. Des générations se sont construites avec des tableaux d'activités. Certains sont bien faits évidemment. J'aurais deux précisions à faire. La première, c'est qu'ils perdent tout intérêt si on force son enfant à les faire. Essayez de vous mettre au sport parce qu'on vous l'impose et vous ne courrez jamais un marathon. La deuxième, c'est qu'ils peuvent être utilisés dans un autre but : ils peuvent capter l'attention de votre enfant de manière importante et cela peut vous permettre de souffler, de passer un coup de téléphone tranquillement. Ce sont de bons moyens d'occupation, mais pas de stimulation cognitive comparable au jeu libre.
L'idée, c'est surtout de garder en tête que le jeu libre, celui que l'enfant se crée lui-même, est le plus riche pour son développement. On n'interrompt pas un enfant qui joue à déchirer de vieux magazines pour absolument faire une carte de Noël avec des empreintes de mains vue sur Pinterest. On le laisse utiliser le jeu de domino pour faire une autoroute pour ses voitures, s'imaginer astronaute dans son carton ou architecte fou dans sa cabane de coussins, empiler des cailloux, éclater les bulles du papier bulle…
« Il faut jouer pour devenir sérieux. »
— Aristote
L'idée, c'est surtout de garder en tête que le jeu libre, celui que l'enfant se crée lui-même, est le plus riche pour son développement. On n'interrompt pas un enfant qui joue à déchirer de vieux magazines pour absolument faire une carte de Noël avec des empreintes de mains vue sur Pinterest. On le laisse utiliser le jeu de domino pour faire une autoroute pour ses voitures, s'imaginer astronaute dans son carton ou architecte fou dans sa cabane de coussins, empiler des cailloux, éclater les bulles du papier bulle…
Ce qui fait la différence, ce n'est pas un conseil de plus. C'est un diagnostic précis. C'est comprendre l'ensemble de l'environnement dans lequel évolue votre enfant : ce qui le nourrit, ce qui le freine, ce qui pourrait devenir un point de blocage. C'est précisément pour ça que j'ai créé le Pré-Bilan en ligne : 25 minutes pour avoir une vision globale et identifier les zones de risque avant qu'elles ne s'installent. Pour certaines familles, il suffit à lever les doutes. Pour d'autres, il ouvre la voie vers un Bilan complet et un accompagnement adapté. Chaque enfant a sa trajectoire. L'important, c'est de savoir comment l'accompagner.

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