Comment un enfant apprend vraiment entre 2 et 6 ans


Tout d’abord revenons à la base. Entre 2 et 6 ans, un enfant apprend par RÉPÉTITION (jusqu'à 50 fois le même geste) et EXPLORATION autonome. Son cerveau a besoin de répéter pour consolider, pas de zapper d'activité en activité. La variété n'est donc pas la bonne stratégie. En fait, c’est l’enfant qui doit donner son rythme et tant qu’il souhaite recommencer une activité il faut lui laisser cette opportunité. De même, l'enfant apprend par l'exploration. C'est exactement ce que permet le jeu libre, à l'inverse des activités dirigées qui imposent un cadre rigide.

Alors, que faire concrètement pour stimuler mon enfant ?


Le jeu libre est la réponse la plus efficace. Et c'est aussi la plus simple. Ne vous êtes vous jamais retrouvé dans cette situation ? Imaginez. Votre médecin a 45 minutes de retard et vous êtes avec votre petit bout de chou dans la salle d’attente. Vous n’aviez pas franchement prévu ce retard. Vous avez peur que votre petit bout s'ennuie, fasse du bruit, gêne les autres patients. Et pourtant il semble s'occuper avec un bout de ticket de métro et un bouchon trouvés au fond de votre sac. Il le tord, le fait avancer sur le bord de la chaise, le fait tomber. Bref, il a l’air de s’occuper alors que vous, vous bouillonnez sur place. Et pourtant c’est exactement de ça dont votre enfant a besoin. Je m’explique. C'est ce qu'on appelle « le jeu libre » ou, selon la terminologie, le « jeu non structuré ». Le jeu libre, c'est laisser l'enfant jouer avec ce qui l'intéresse vraiment (évidemment si ce n'est pas sale ou dangereux), sans imposer de règle ni d'objectif.

L'exemple de la salle d'attente : quand le jeu libre opère


Pourquoi le jeu libre fonctionne-t-il si bien ? Croyez-moi, si on n'attend pas une production précise de l'enfant, il va de lui-même s'adapter pour travailler ce dont il a besoin. Si on reprend l’exemple de la salle d’attente de tout à l’heure : s’il veut travailler sa motricité fine et sa précision, il va vouloir plier le ticket de métro plusieurs fois jusqu’à maîtriser le geste à la perfection. C’est passionnant pour lui. Oui oui, vraiment passionnant. Si à ce moment précis il veut travailler cette coordination, ce sera parfait. Mais ce même ticket pourra être un personnage imaginaire qu’il fait évoluer le long d’une chaise. Ce pourra être encore la possibilité de travailler la force des doigts en le déchirant en le plus de morceaux possible. Bref, on ne travaille pas la motricité ou la concentration en forçant un enfant avec une activité ludique (même si elle est certes plus jolie en termes de résultat matériel), mais en le laissant explorer à son rythme.

Pourquoi le jeu libre est si important pour son développement


Je me souviens d’une maman qui venait consulter pour son fils de 4 ans qu’elle trouvait hyperactif. Littéralement, il zappait d’activités en activités. Je tentais de lui expliquer qu’il fallait réussir à ce que son fils aille au bout d’une activité et que, par conséquent, il fallait le contraindre à cela en limitant le choix des activités. Chaque semaine pourtant, elle me montrait fièrement le nouveau jouet acheté pour travailler la concentration. La chambre de ce petit était encombrée d'une variété de jeux telle qu'il ne pouvait rien explorer réellement. Le jeu libre nécessite de l'espace mental et physique pour s'exprimer.

Les trois règles d'or du jeu libre


  • Soyez minimaliste ! Une dizaine de jeux dans la chambre de votre enfant, c’est largement suffisant. Vous pouvez ranger les autres en haut de l’armoire et organiser un roulement dans les jeux en fonction des envies. Si votre enfant n’a que 10 jeux, il va rapidement les détourner de leur usage premier pour se créer de nouvelles activités. Les cubes permettront de faire une tour pendant un temps puis des aliments dans des assiettes le lendemain, des projectiles la semaine suivante, une tour plus élaborée avec d’autres objets de sa chambre... Bref, il va explorer et répéter des expériences pour en tirer des enseignements.
  • Soyez simple. Prenez des jeux simples. Rappelez-vous comment vous étiez enfant. Vous rêviez peut-être devant des déguisements incroyables mais finalement c’est avec votre housse de couette que vous êtes devenu roi de France, fantôme ou orateur romain. C’est avec un grand carton que vous avez fait votre plus belle voiture, cabane ou fortin. Donc concrètement on laisse son enfant prendre ce qu’il peut prendre (sans que ça ne le mette en danger). S’il veut jouer avec la spatule, le vieux téléphone fixe oublié dans un placard ou les lacets de vos chaussures, c’est parfait. On achète des cubes simples, un bout de dînette de qualité avec laquelle il pourra patouiller dehors et se créer de vraies recettes peu ragoûtantes, des paniers pour ranger des trésors, des legos cubes simples, des gommettes en tout genre, du scotch de toutes les couleurs, des feuilles de papier… On reste simple pour que l'enfant ait le loisir de créer, détourner, inventer. C'est la magie du jeu libre : transformer le banal en extraordinaire.
  • Et enfin soyez hyper flex. C'est finalement plus dur que les activités dirigées, cette histoire de jeu libre ! Eh oui. Si on veut que notre enfant se développe au mieux, c’est lui qui donne le rythme et nous qui devons accompagner au mieux, suivre son rythme et proposer plein de choses. Si on est en train de cuisiner et qu’il veut absolument regarder ce que l’on fait, on lui propose des petits bols et un paquet de pâtes crues. Il va transvaser spontanément si c’est le bon moment pour lui. Il cachera peut-être un petit objet dedans s'il a besoin de vérifier que les choses existent même quand on ne les voit pas (ce que les orthophonistes appellent la permanence de l'objet). Bref, on s’adapte et on propose. Si vous avez un petit extérieur, alors laissez-le jouer librement. L’enfant déteste le vide, il va rapidement se créer un jeu. Si vous acceptez de le laisser chercher ce jeu, observez ce qui se passe. Vous lui faites un double cadeau : l'imagination et la concentration. Au parc, si vous proposez tout de suite une pelle, un vélo, un sac rempli de jeux, il n’explorera pas son environnement de la même manière. En revanche, s’il s’ennuie, qu’il perd patience, alors là vous proposez. C’est à ce moment-là que vous dégainez la pelle rouge du sac qui relance tout le jeu. Votre rôle, c’est d’être là comme un DJ. Le DJ n’a pas qu’une playlist toute faite mais il va proposer en fonction de l’ambiance de la soirée et changer le son si ça ne prend pas. Le DJ, lui, ne danse pas : il observe, propose et s’adapte.

Et les tableaux d'éveil, alors ?


Alors on ne va pas être aussi catégorique. Des générations se sont construites avec des tableaux d’activités. Certains sont bien faits évidemment. J’aurais deux précisions à faire sur ces tableaux. La première, c’est qu’ils perdent tout intérêt si on force son enfant à le faire. Essayez de vous mettre au sport parce qu’on vous l’impose et vous ne courrez jamais un marathon. La deuxième idée, c’est qu’ils peuvent être utilisés dans un autre but. En effet, ils peuvent capter l’attention de votre enfant de manière importante et cela peut nous permettre de souffler, de passer un coup de téléphone tranquillement par exemple. Ce sont de bons moyens d'occupation, mais pas de stimulation cognitive comparable au jeu libre. Est-ce que tout doit être parfait et riche pour notre enfant ? Tout est une question d’équilibre. Si on veut que son enfant progresse, on le laisse explorer ; et si on veut souffler ou passer un trajet en train de manière agréable, on embarque son tableau d’éveil un poil trop stimulant. L'idée, c'est surtout de garder en tête que le jeu libre, celui que l'enfant se crée lui-même, est le plus riche pour son développement. C’est de garder à l’esprit que tout jeu spontané est à favoriser. On n’interrompt pas un enfant qui joue / travaille à déchirer de vieux magazines pour absolument faire une carte de Noël avec des empreintes de mains qu’on a vue sur Pinterest. On le laisse utiliser le jeu de domino pour faire une autoroute pour ses voitures, planifier la construction de son village de jouets, s’imaginer astronaute dans son carton ou architecte fou dans sa cabane de coussins, écrire un roman dans le vide avec un bout de bois, empiler des cailloux, ranger les jeux de cartes même si toutes les cartes ne sont pas dans le bon sens, fixer deux morceaux de bois ensemble sans outil, éclater les bulles du papier bulle… « Il faut jouer pour devenir sérieux » disait Aristote. Et il avait raison. Alors, la prochaine fois que votre enfant délaisse votre belle activité Montessori pour un bout de ficelle, ne culpabilisez pas. C'est le jeu libre qui s'exprime. Il vient de vous montrer qu'il sait exactement ce dont il a besoin pour grandir. Je vous souhaite donc de beaux moments de jeux non formels et de créations loufoques pour construire de belles capacités cognitives chez vos enfants.